Nègre Clochard de David Diop

[…] O mon vieux nègre moissonneur de terres inconnues
terres odorantes où chacun pouvait vivre
qu’ont-il fait de l’aurore qui s’ouvrait sur ton front
de tes pierres lumineuses et de ton sabre d’or
te voici nu dans ta prison fangeuse
volcan éteint offert aux rires des autres
à la richesse des autres
à la faim hideuse des autres
Ils t’appelaient Blanchette c’était si pittoresque
et ils secouaient leurs grandes gueules à principes
heureux du joli mot pas méchants pour un sou
Mais moi moi qu’ai-je fait dans ton matin de vent et de larmes
dans ce matin noyé d’écume
où pourrissaient les couronnes sacrées
qu’ai-je fait sinon supporter assis sur mes nuages
les agonies nocturnes
les blessures immuables
les guenilles pétrifiées dans les camps d’épouvante
Le sable était de sang
et je voyais le jour pareil aux autres jours
et je chantais Yéba
Yéba à pleine folie les zoos en délire
O plantes enterrées ô semences perdues
Pardonne nègre mon guide
pardonne mon coeur étroit
les victoires retardées l ‘armure abandonnée
Patience le Carnaval est mort
j’aiguise l’ouragan sur les sillons futurs
pour toi nous referons Ghâna et Tombouctou
et les guitares peuplées de galons frénétiques
à grands coups de pilons sonores
de pilons
éclatant
de case en case
dans l’azur pressenti.