Clochards sans étoile

Une réflexion sur les clochards.

 

Je pense à celles et ceux qui vivent les nerfs aiguisés par le froid, la faim, la peur et le dédain.

Les clochards.

Je pense au jour qui n’arrivera pas où je pourrai garder ces quelques pièces dans ma main. Sur le chemin, toujours données et toujours plus tôt. Toujours plus de ceux qui attendront la prochaine fois, que je remette quelques pièces dans ma main.

Sur le chemin je regarde le sol pour éviter les merdes, à la place j’y vois ceux qui dorment dedans.

Car le trottoir accueille tous les déchets de la société.
Il ne trie pas, et nous, la société, n’avons plus la place intime pour trier, l’inerte du vivant, le mégot du clochard.

Je pense aux “clochards célestes”. Sous la pollution et les réverbères, les clochards de Paris n’ont même pas d’étoiles pour rêver.

Pas d’étoiles, pas de berger, mais parfois une bouteille qui ne montre pas le chemin mais qui le trace, indubitablement.

Ca me rend triste. Un clochard, deux clochards, dix clochards, cent clochards… sous le ciel de Paris.

Ce n’est pas romantique et mes sentiments se figent.

Pourtant, si je ne m’émeus plus, qu’est ce qui me permettra de distinguer leur carcasse brisée de celle de pigeons morts?
Si j’éteins l’humanité en moi, ne serai-je pas tentée de préférer le pigeon, grattant les miettes de mon sandwich, au clochard quémandant les miettes d’une vie que je ne peux pas lui donner?

Culpabilité face au reflet pathétique de ma propre condition;
Colère, rancoeur envers ces empêcheurs de vivoter en rond;

J’en viendrais à les imaginer “soleil vert” en puissance,
J’en arriverais à me dire “Pourquoi pas?”
Qu’après tout ils sont foutus
Que la société ne peut assumer toute la misère du monde
Que la Nature fait le tri
Que finalement tout cela est dans l’ordre des choses

Et je me sentirais soulagée.