Etrange naissance

La chose

Me crache
Me ravale
Me recrache
Et me laisse là
Morte et mâchée
Chose lasse chue.

Dans la salive grasse
Mon oeil s’ouvre
J’y vois fou
Kaléidoscopique
Triple miroir renvoyant le reflet…
De mon oeil…?

Un doigt, le petit
Dans l’épaisseur, s’érige
Gratte puis
Perce.

Je me sens bébé quelque chose
Humain, chat ou serpent
Chose pleine de fluide
Lustrée, mouillée,
Collante, poisseuse…
Groguie.
Les neurones comme mes muscles…
Engourdis.

Je vois son oeil
Gros, très près.
Il semble gentil,
Dois-je avoir peur?
De toute façon, je ne peux rien faire
Là, tel un chewing gum épuisé.

Que suis-je pour toi,
Toi, avec ton gros oeil?
As tu conscience de ce que je suis?
De qui je suis?
De… qui… je… suis…
Mais…
Mais QUI je suis?!

Je me sens comme un nouveau-né.

Mon corps est rose et frêle
Ca, je le sais,
Mais je ne sais pas
Comment je me sens,
Et même si je dois y penser.

Que faire? Que faire?
Etre
Même si je ne sais pas
Qui je suis, même si je ne sais pas
Ce que je suis,
Etre
Et laisser faire.

Il n’a pas l’air méchant…
De toute façon je ne peux rien faire
Là, minuscule et fragile…

Et s’il me mange?
De toute façon je ne peux rien faire
Alors, sourire?
Pourquoi faire
Il m’a crachée, mâchée, recrachée…
Il ne comprend pas.
Alors sourire…

Je ne sais pas
Je me sens
Comme un nouveau-né.

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Mes ongles cachés

Alice est partie d’un défi de son ami Khalid El Morabethi.
Le sujet: les ongles cachés
Ni une ni deux, sur les chapeaux de roues elle est partie,
Voilà ce qui est resté sur le bitume le long de cette course effrénée

Mes ongles cachés

C’est mon père
C’est à cause de lui
Connard
Quel connard
Je cache mes ongles
Je les ai peints
De vernis rouge brillant
J’aime bien quand ça brille
C’est un beau rouge
Je les ai regardés longtemps
Le rouge, et les paillettes
Longtemps
Longtemps.
Je suis rentrée dans mes ongles
Absorbée par les étoiles colorées
J’étais loin, dans la beauté
C’est haut la beauté
Ca fait quelque chose au cœur
Et même au corps
Je n’étais plus dans ma chambre
J’étais loin, je ne sais pas
Mais c’était bien
J’étais haut et j’étais loin.

Il ne peut pas comprendre
Je me sens seule
Il ne veut pas comprendre
Je me sens seule
Même si j’expliquais…
Je me sens encore plus seule
Je veux qu’il comprenne
Il ne veut pas
Il ne peut pas
Il s’en fout…

Peut-être qu’il a peur
Que je sois loin
Peut-être qu’il s’en fout
Et c’est tout
Mais peut-être qu’il a peur
Que je sois loin
Trop loin pour lui,
Et je ne suis que sa fille…

Quand j’y pense je jubile
Une force énorme m’envahit
Je lui fais peur
Moi
Sa fille
Moi
La folle
La chiante
La ratée
La bourreau…

J’ai dans la tête une chanson
Un homme qui chante « Tu vas me détruire »
J’entends « Je vais te détruire »
Il a peur
Oui il a peur
Je suis un miroir de malheur.

Je pense aux étoiles sur mes mains
J’aimerais partir avec elles
Là, maintenant
Mais
Il veut que je le regarde
Pendant qu’il me regueule qui je suis
Il me regarde au fond de mes yeux
Pendant qu’il me vomit qui je suis
Un monstre
Une folle immonde
Un poison
Une merde
Une pute
Une pute
Une pute

Je ne peux pas penser aux étoiles
Pardon mais je ne peux pas
Y penser et le regarder dans les yeux
Sans bouger
SANS BOUGER
Ni le bras
Ni la bouche
Ni les yeux

Je pense aux étoiles
Elles seront là après
Mais moi où est ce que je serai ?
Elles seront là après
Mais serai-je en capacité
De m’y évader
Dans les étoiles ?

Je sais que mon vernis
N’aura que le reflet de ma réalité.

Papa, tu m’as tuée
Je ne demandais rien d’autre
Que de toucher les étoiles.

Prends garde, constituante

Alors comme ça on te vire, mon ami
Tu es venu, la fleur au fusil
Et on te fustige !
Je ne crois pas en ta bienveillance
Comme je ne crois pas en la leur.
Si je pouvais t’étrangler de mes propres mains
Je ne le ferai pas
Pourtant qu’est ce que j’en ai envie !

J’ai réfléchi, j’ai pensé qu’il fallait
Que tu vives,
Et sur cette place, que tu parles.
On a bien besoin de cracher nos problèmes
Sur toi, sur d’autres,
Même si des cons vous êtes trop.

Alors on a privatisé la place ?
Nous l’ouverture, nous les possibles ?
Alors on a viré Finkielkraut?
Bien. Quel sens de la démocratie…

Que feras tu, ô constituante
Quand enfin tu obtiendras le pouvoir ?
Bouteras tu hors de France
Toutes celles et ceux que tu ne peux souffrir ?
Les patrons ?
Les intellectuels de droite,
Les actionnaires,
Les bourgeois,
Les religieux,
Les racistes,
Les médias,
Les politiques,
Les pollueurs,
Les individualistes,
Et tous les méchants ?

Prends garde, constituante,
Que tu ne te jettes toi aussi hors de tes frontières.

De quoi as tu peur, constituante,
A laisser un bouffon s’exprimer ?
Que crains tu donc ?
De te découvrir de droite à la fin de son discours ?
Shame ! Shame !
Ou que toutes celles et ceux qui t’entourent
En aient la révélation,
Et que tu te retrouves seule, à crier « Révolution ! »

Que crains tu du bouffon
Ô constituante ?
Qu’il ouvre le débat ?
Qu’il te fasse cogiter ?
Qu’il t’enface tes contradictions ?

Qu’as tu à gagner, constituante,
A rester dans la chaleur de tes acquis,
Et dans la propagande de l’ « amous solidaire » ?

Tu dis que tu n’as pas peur d’eux,
Alors laisse le donc parler !

C’est un citoyen,
Il prendra son ticket pour son tour de parole,
Il écoutera debout, dans le froid,
Ou assis au milieu des gauchistes.
Il attendra comme toutes et tous,
Et s’exprimera 2mn, comme les autres.

N’est ce pas plus grand humiliation,
Pour sa grande personne
Que d’être ramenée à l’état
De simple citoyen ?

Ne te raidis pas, constituante,
Tu en oublierais tes valeurs
Si souvent scandées,
Et n’aurais pas dans ton âme,
L’ouverture essentielle
Aux solutions que tu cherches.

Constituante, es tu prête maintenant,
A regarder ton cœur,
Tel qu’il est vraiment ?

La place

Je ne sais pas,
Je ne sais plus,
Une envie d’être en colère,
Et puis…

Je ne sais pas,
Je me demande,
Où être et où aller…
Mais…

Je ne sais pas,
Je sens que je suis à ma place,
Mais c’est ma place
Qui n’a pas de place,
Ou peut-être tout plein
En fait…

En fait j’ai jamais eu autant de place,
En fait je suis libre,
J’ai jamais été aussi libre,
J’ai jamais été aussi sûre
D’être à ma place.

Trouver sa place,
Sur une grande place,
Ici ou là, trouver du sens,
Ici et là.

Ma place est mouvante,
Elle n’est pas ici, ou là,
Elle est ici, et là,
Selon que je suis ici, ou là,
Elle me suit,
Elle est moi.

C’est confortable
La liberté.

Je ne peux pas être
Partout,
J’aimerais moi être partout.
Tant pis, je ferai avec ma place,
Si petite, si invisible,
Si inutile, pour certain-e-s.

J’étais à ma place,
Et j’ai pu ainsi
Faire de la place à d’autres,
Qui ne cherchaient pas une place,
Qui vagabondaient,
A la recherche d’une place
Provisoire.

Ils et elles ont pris un peu de place,
Et s’y sont senti-e-s bien,
Dans leur place, qu’ils et elles voulaient
Provisoire.

Finalement,
Quand on est libre,
On a beaucoup de place
Pour les autres ;

Pour se sentir libre,
Avant tout s’être fait une place,
En soi.

Tricky Alice dans la Poésie Debout parisienne

Les murs, de Annie L.

Les murs,

Il y a ma tête,

Dans ma tête il y a des murs,

Ils ont voulu murer ma tête,

En faire une prison noire et profonde et vide,

Ne pas penser, ne pas savoir, ne pas apprendre,

Du vide, pas de paroles, pas de chants, pas de cris exprimés, la bouche cousue,

Le chemin de l’école à la maison, de la maison à l’école,

A l’école il y a les livres,

Ils cognent dans les murs pour les faire trembler,

Et la couleur comme sur le chemin de l’école vient tapisser les parois du trou noir,

Et les mots poussent les parois du trou noir,

Ils s’envolent, j’ai peur, je ris,

Je me cache sous le drap dans le noir de la chambre,

La lueur de la lampe dissimulée au creux de mes mains,

Là au plus profond de la nuit,

Je cours sur le chemin,

J’embrasse la terre,

Je chante le soleil,

Et je tombe à genoux,

Les murs ont explosé,

Ils n’en savent rien, je garde le secret,

Chaque nuit quand leur écran s’éteint,

Les mots sur la page s’animent.

 

L’Homme roi

Entre le démon penseur et l’âme puante,
Entre la joie forcée du père et sa fille qui chante,
Entre les ‘’ Boum Boum ‘’ d’un cœur et c’elle d’une bombe,
Entre la terre et l’argent qui tombe,
Du ciel,
Entre la terre prise et l’homme qui prie,
Le ciel,
Entre le baiser de malheur et ses rêves qui ne lui appartiennent pas,
Entre la mort proche et tout ce qui ne se réalisera pas,
Entre son pistolet bien chargé et sa faiblesse,
Entre le regard de sa fille et la peur qu’elle se blesse,
Entre le démon penseur et l’âme puante,
La mère n’est que souriante. 

Quel lourd carcan
Pour un seul, quel poids !
Peut-être serait-il temps
De cesser d’être roi.

Responsable de tout,
Lâche donc la pression, Homme,
Car tu n’es maître de rien
Et n’es pas seul en ce royaume.

Dans ta tête violemment s’ébat
Le manichéisme des valeurs
D’un monde pourtant en soi
Fait de nuances de couleurs.

Ecoute ta fille, écoute la mère,
Dans leurs mains résident les secrets
Tellement présents, jamais cachés
D’une vie que tu trouvais amère.

Partage donc ta puissance
Et avec elles tisse la toile
Qui te portera, bienveillante
Vers ce ciel que ton égo voile.

 

Poème en duo avec Khalid El Morabethi

La pluie, de Khalid el Morabethi

La pluie
Lourdement tombe,
Sur quelques tombes,
Sur une question ‘’ De quoi suis-je coupable ? ‘’
Sur un vase oublié, posé sur une table,
Sur une fleur, sur un cœur d’un corbeau qui meurt.
La pluie
Tombe,
Au-dessus des organes glissants,
Au-dessus des sans organes dans une salle d’attente
Et les infirmières souriantes leur proposent une mort lente.
Elle pleut sur les longs couloirs de l’hôpital,
Elle pleut sur les longs couloirs d’une mémoire absente,
Une mémoire qui cherche des yeux bleus au fond des foules,
Entre deux cahots d’un autobus,
Ou même au fond d’un corps divisé, qui est resté sans muse,
Au fond d’une forme dans le regard d’un inconnu,
Dans le regard d’une veuve ténébreuse,
Au fond d’un petit regard d’une étoile lumineuse.
La pluie
Tombe
Sur la gorge de la bête,
Sur son cahier, sur ses mots qui ne peut jamais les prononcer,
Sa foi, son choix, ses souvenirs, sa haine, qui ne peut jamais les annoncer,
Sur ses rêves qui ont ce défaut de se modifier,
Sur ses doigts ‘’ De quoi sont-ils coupables ? ‘’
Sur ses mains ‘’ De quoi sont-ils coupables ? ‘’
Sur son sang accusable.
‘’ Suis-je une idée, une répétition, un mythe, un bruit sourd, un tueur,
Une lettre, une image qu’on ne regarde plus, car ce la fait peur,
Suis-je une fenêtre fermée, un être enfermé,
Faudrait-il que je m’endorme, en espérant ne pas me réveiller,
Faudrait-il que j’écrive une lettre pour qu’on m’enterre,
Je voudrais retourner au-dessous de la terre,
Avant qu’elle ne s’arrête de pleuvoir,
Je souhaite mourir calmement au nom d’une bête, ce soir.’’
Elle pleut,
Quelques étoiles pleurent,
Certains meurent,
Et d’autres tombent, perdent leurs lumières et se mettent à chanter,
D’autres sont devenus des humains voulant sauter du haut d’un immeuble pour tout arrêter,
Pour que cela s’arrête,
Pour que ce la ne fasse pas mal au crâne.
Pour que ce la ne fasse pas mal au cœur.
La pluie
Tombe,
Sur un tatouage qui résume pour qui on vit, pour qui on s’enfuit,
Et ce que notre mal atrocement dit.

Nous sommes TOUS français

 

Nous sommes TOUS français

A vous les bi-nationaux et les naturalisés je vous prie de m’excuser.
M’excuser d’être née française, de sol, de souche,
M’excuser que notre patrie, dont je porte le sang, semble m’aimer plus que vous,
Car je serais plus légitime, née de son sang, née sur son sol.

Cette patrie qui a toujours été la vôtre, ou qui l’est devenue,
Vous considère aujourd’hui comme des bâtards, ou des étrangers,
Vous préjuge dangereux, car pas totalement de son sang, ou pas nés de son sol,

Nous avons grandi, vous les bi-nationaux et moi-même, avec les mêmes valeurs,
Et vous, naturalisés, vous les avez acceptées et partagées.
La patrie nous a dit et mille fois répété que tous les français sont égaux en droits,
Toi le bi-national, tu es français, et toi le naturalisé, tu es français
Nous avons donc les mêmes droits…
Enfin, nous avions les mêmes droits.

Désormais je suis plus la fille de notre patrie que vous.
Vous, vous êtes en sursis,
Vous avez été nourris comme les enfants de sang et de sol,
Surtout vous aviez les mêmes droits, et les mêmes devoirs.

Bientôt vous les bi-nationaux, vous n’aurez plus que les mêmes devoirs,
Et pour vous, les naturalisés, il est déjà trop tard.

Et vous sentirez le poids de la honte,
De n’être que des bâtards ou que des étrangers
Dans votre propre pays.
Et moi, née de sang et de sol, je porterai le poids de la honte,
D’être de ce pays aux valeurs chancelantes.

A vous tous bi-nationaux et naturalisés
Qui ne souhaitaient pas tuer votre patrie, ni vos frères et sœurs,
Et AUSSI à ceux qui le souhaiteraient,
Vous êtes français avant tout.

Car je rappelle à ma patrie qu’avant de renier ses enfants
Elle devrait assumer son rôle,
D’épanouissement, de protection et de rassemblement.
Et qu’en rejettant ses propres défaillances sur ses enfants,
Elle ne se rend digne d’être la patrie d’aucun d’eux.

Carte d’identité, de Mahmoud Darwich

L’ami et poète d’Alice, Khalid El Morabethi, lui a fait découvrir hier un poète palestinien, connu pour son engagement pour la libération de son pays, la Palestine, ainsi que pour la paix.

Alice veut faire partager avec vous sa colère et sa douleur pour ce peuple opprimé, et par ce texte déclamé, la force de ce peuple fier.

Carte d’identité, de Mahmoud Darwich (avec traduction en français)