La maturité, réflexion

La maturité…

C’est quand tu te portes, enfant, sur le dos

Quand tu as tissé un hamac dans ton coeur

C’est l’enfant confiant qui t’accompagne, dans son costume de chevalier

C’est quand s’allège le fardeau des fantômes

Quand tous les recoins de ton âme n’ont plus peur du noir

Quand les abîmes menaçants ne jonchent plus ton futur

Quand tu sais que tes ailes te portent, même si tu ne sais comment

Quand tu peux transmettre sans ordonner

Quand tu n’as plus besoin de jouer, et que tu joues pour le plaisir

 

A vous de compléter cette liste heureuse et sans fin 🙂

 

 

Clochards sans étoile

Une réflexion sur les clochards.

 

Je pense à celles et ceux qui vivent les nerfs aiguisés par le froid, la faim, la peur et le dédain.

Les clochards.

Je pense au jour qui n’arrivera pas où je pourrai garder ces quelques pièces dans ma main. Sur le chemin, toujours données et toujours plus tôt. Toujours plus de ceux qui attendront la prochaine fois, que je remette quelques pièces dans ma main.

Sur le chemin je regarde le sol pour éviter les merdes, à la place j’y vois ceux qui dorment dedans.

Car le trottoir accueille tous les déchets de la société.
Il ne trie pas, et nous, la société, n’avons plus la place intime pour trier, l’inerte du vivant, le mégot du clochard.

Je pense aux “clochards célestes”. Sous la pollution et les réverbères, les clochards de Paris n’ont même pas d’étoiles pour rêver.

Pas d’étoiles, pas de berger, mais parfois une bouteille qui ne montre pas le chemin mais qui le trace, indubitablement.

Ca me rend triste. Un clochard, deux clochards, dix clochards, cent clochards… sous le ciel de Paris.

Ce n’est pas romantique et mes sentiments se figent.

Pourtant, si je ne m’émeus plus, qu’est ce qui me permettra de distinguer leur carcasse brisée de celle de pigeons morts?
Si j’éteins l’humanité en moi, ne serai-je pas tentée de préférer le pigeon, grattant les miettes de mon sandwich, au clochard quémandant les miettes d’une vie que je ne peux pas lui donner?

Culpabilité face au reflet pathétique de ma propre condition;
Colère, rancoeur envers ces empêcheurs de vivoter en rond;

J’en viendrais à les imaginer “soleil vert” en puissance,
J’en arriverais à me dire “Pourquoi pas?”
Qu’après tout ils sont foutus
Que la société ne peut assumer toute la misère du monde
Que la Nature fait le tri
Que finalement tout cela est dans l’ordre des choses

Et je me sentirais soulagée.

 

La condition humaine

J’ai arrêté de croire
Que les gens heureux n’existent pas.

C’est faux,
Ils sont discrets, c’est tout.
Les gens heureux sont occupés
A être heureux.
Ils n’ont que faire de deviser
Sur la condition humaine.

Je ne veux pas être soumise
Aux diktats du:
“Il faut se battre pour être heureux”
Certains n’en ont pas besoin.
Je ne sais s’ils sont heureux,
Mais ça aide.

J’ai arrêté de croire
Que l’on se construit dans l’adversité.
Ceux qui ont vécu la guerre
Préfèreraient ne pas l’avoir connue.

Qui veut nous faire aimer notre douleur?
Cette soi disant
Condition humaine?
Le bonheur compatible avec la douleur,
Foutaises!

Comment a t-on pu
Se laisser berner par ceux-là?
Pas plus heureux que nous,
Mais qui peuvent nous asservir
Pour calmer leurs névroses.

Quel puissant opium que les croyances sociales!

Tous dans le même bateau qui coule,
Eux avec nous, mais hors de l’eau
Quand nous nous noyons.
Pas plus heureux, mais plus au sec.

Qu’ils y restent au sec.
Ils ne me feront plus croire
Que le bonheur est dans la trime.

Je veux sortir la tête de l’eau
Et être au sec,
Mais pas que.
Car ça n’est toujours que leur condition humaine.
Ils s’en croient à l’abri, les cons.

Non, moi je veux être au sec
ET heureuse.
Et peut-être même pas discrète.
Pas pour frimer,
Mais pour transmettre.

Qui sait,
Un jour peut-être,
Nous écrirons une nouvelle
Condition humaine.

Prends garde, constituante

Alors comme ça on te vire, mon ami
Tu es venu, la fleur au fusil
Et on te fustige !
Je ne crois pas en ta bienveillance
Comme je ne crois pas en la leur.
Si je pouvais t’étrangler de mes propres mains
Je ne le ferai pas
Pourtant qu’est ce que j’en ai envie !

J’ai réfléchi, j’ai pensé qu’il fallait
Que tu vives,
Et sur cette place, que tu parles.
On a bien besoin de cracher nos problèmes
Sur toi, sur d’autres,
Même si des cons vous êtes trop.

Alors on a privatisé la place ?
Nous l’ouverture, nous les possibles ?
Alors on a viré Finkielkraut?
Bien. Quel sens de la démocratie…

Que feras tu, ô constituante
Quand enfin tu obtiendras le pouvoir ?
Bouteras tu hors de France
Toutes celles et ceux que tu ne peux souffrir ?
Les patrons ?
Les intellectuels de droite,
Les actionnaires,
Les bourgeois,
Les religieux,
Les racistes,
Les médias,
Les politiques,
Les pollueurs,
Les individualistes,
Et tous les méchants ?

Prends garde, constituante,
Que tu ne te jettes toi aussi hors de tes frontières.

De quoi as tu peur, constituante,
A laisser un bouffon s’exprimer ?
Que crains tu donc ?
De te découvrir de droite à la fin de son discours ?
Shame ! Shame !
Ou que toutes celles et ceux qui t’entourent
En aient la révélation,
Et que tu te retrouves seule, à crier « Révolution ! »

Que crains tu du bouffon
Ô constituante ?
Qu’il ouvre le débat ?
Qu’il te fasse cogiter ?
Qu’il t’enface tes contradictions ?

Qu’as tu à gagner, constituante,
A rester dans la chaleur de tes acquis,
Et dans la propagande de l’ « amous solidaire » ?

Tu dis que tu n’as pas peur d’eux,
Alors laisse le donc parler !

C’est un citoyen,
Il prendra son ticket pour son tour de parole,
Il écoutera debout, dans le froid,
Ou assis au milieu des gauchistes.
Il attendra comme toutes et tous,
Et s’exprimera 2mn, comme les autres.

N’est ce pas plus grand humiliation,
Pour sa grande personne
Que d’être ramenée à l’état
De simple citoyen ?

Ne te raidis pas, constituante,
Tu en oublierais tes valeurs
Si souvent scandées,
Et n’aurais pas dans ton âme,
L’ouverture essentielle
Aux solutions que tu cherches.

Constituante, es tu prête maintenant,
A regarder ton cœur,
Tel qu’il est vraiment ?

Soyons lucides

Soyons lucides

Oui je sais ça fait mal

Voir la réalité en face

Se confronter au gouffre

Se prendre en pleine gueule la violence.

Souffrir.

Oui mais souffrir pour mieux avancer.

Sortir de la souffrance pour créer,

Proposer, Agir.


Soyons lucides.

Pour réinventer

Pour avancer

Pour ne plus être tenus par la souffrance. 

On souffre tous des mêmes maux.

Faisons en des mots

Créons de la Poésie

Libérons la parole,

Passons de la haine à la libération

Allègeons nos cœurs

Soyons poètes et poétesses

Poët poët…

Poétisons ensemble

Et devenons folles! et fous!

Respirons!

Ici c’est ouvert,

Ici mes problèmes s’effacent

Parce que mes problèmes sont fermés

Sans solution;

Ici on crée des possibles

On crée des ouvertures

S’ouvrir, respirer, vivre.

Vivre c’est ouvrir des possibles

Ensemble.

Les problèmes sont personnels.

Et ils sont aussi communs.

Faisons de nos problèmes personnels

Des problèmes communs

Et de ces problèmes communs

Faisons en des possibles.

Créons ensemble des possibles

Respirons

Et finalement

Vivons!

La fureur des hommes

Texte écrit à la suite des attentats de Paris du 13 novembre 2015 et slamé au Down Town Café dans le 11ème à Paris.

 

J’ai fait le deuil.

Oui j’ai fait le deuil de mon immortalité

De cette croyance rassurante, de ce mythe,

De cette pensée magique, brutalement démystifiée.

Eh bien oui, je suis mortelle et ce soir, je peux mourir.

 

Au delà du « Je » il y a le « Nous »

Et pour nous rassurer,

Nous transformons notre peur intime en souffrance collective.

Mais que pleure-t-on ensemble au juste, si ce n’est pas le deuil de notre immortalité ?

La jeunesse saccagée ? La violence sans pitié ?

L’humanité perdue ?

Pleure-t-on parce que tout ça est trop injuste ?

Mais la vie est injuste, et le hasard amoral !

Difficile à accepter pour nous humains qui créons nos propres lois.

 

C’est rageant, mais il n’y a pas de logique cosmique à leur mort.

Ils n’ont pas voulu non plus faire partie de l’histoire,

Et ils ne sont même pas morts pour des idées

Enfin, pas les leurs en tout cas.

 

Justement, en prenant l’histoire à rebours,

J’aurais aimé leur faire écouter à ces fondus de la kalach,

Un couplet d’une chanson de Brassens, Mourir pour des idées.

Jugeant qu’il n’y a pas péril en la demeure
Allons vers l’autre monde en flânant en chemin
Car, à forcer l’allure, il arrive qu’on meure
Pour des idées n’ayant plus cours le lendemain
Or, s’il est une chose amère, désolante
En rendant l’âme à Dieu c’est bien de constater
Qu’on a fait fausse route, qu’on s’est trompé d’idée
Mourrons pour des idées, d’accord, mais de mort lente
D’accord, mais de mort lente

 

Mais on ne refait pas l’histoire,

On digère et on avance,

Parce que c’est humain de vouloir être plus fort que la mort !

Et alors !

Si ça nous permet de nous sentir vivants, allons y !

Alors, humanité perdue ?

 

Le père noël est mort

Le père noël est mort.
Et les sapins dès lors poussent à l’envers.
De leur cime gouttent des perles de sang
Sur la neige brillante, creusant de petits trous
Anonymes.
Là-haut, plus haut que les racines
Les étoiles s’en moquent
Et scintillent à la volée
Aux heures épanouies, aux autres taciturnes.

Le père noël est mort
Et les cadeaux par milliers se sont perdus
Dans les profondeurs d’un dédale familier
D’où monte le râle des rennes à l’agonie,
Plainte lancinante voilant le grand Silence.

Le père noël est mort.
Et avec lui nos rêves d’enfants,
Notre chaleur d’hiver,
Notre immortalité…

Alors même que le mythe vacille,
Que sommes nous donc, nous humains,
Autre que poussières brassées par les vents.