Le temps des princesses

Alice

Il n’y a pas le temps
Non, rien de rien
Tu cours dans la prairie
Nue comme un vers sans prose
Les herbes vertes et fraîches
(fumer nuit à la santé)
Deviennent durs charbons noirs
(Garde bonne mine quand même, amie)

 
Ondine

Il n’y pas le temps
Et tout s’en va
Ondulant dans l’eau profonde
comme l’homme de l’Atlantide
Ta queue agile de poisson
d’eau de merci beaucoup
Devient soudain jambes fragiles
A table (cfr titre)

 
Myrtille

Il n’y a pas le temps
De déjeuner en paix
Dans le faste de ton château
De cartes postales
Les tentures d’or et de soie d’Inde
sentent le dal tadka et
Deviennent torches enflammées
Comme le Capitaine Flam si je puis dire

 
Samia

Il n’y a pas le temps
Sur le boulevard du temps qui passe
Tu vivais chez tes parents
Entre Père Noël et Mère Poulard
Toute fière ton diplôme en poche
(l’expérience est aussi un diplôme)
Devient ton passeport de caissière
(Sortez du bocal, consommez local)

Il n’est plus le temps
(ni des cerises ni des secrets)
Des princesses
(ni des princes à linge si je puis dire).

 

Poème en duo avec Gaëtan Sortet (http://www.gaetansortet-art.be/)

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Mes ongles cachés

Alice est partie d’un défi de son ami Khalid El Morabethi.
Le sujet: les ongles cachés
Ni une ni deux, sur les chapeaux de roues elle est partie,
Voilà ce qui est resté sur le bitume le long de cette course effrénée

Mes ongles cachés

C’est mon père
C’est à cause de lui
Connard
Quel connard
Je cache mes ongles
Je les ai peints
De vernis rouge brillant
J’aime bien quand ça brille
C’est un beau rouge
Je les ai regardés longtemps
Le rouge, et les paillettes
Longtemps
Longtemps.
Je suis rentrée dans mes ongles
Absorbée par les étoiles colorées
J’étais loin, dans la beauté
C’est haut la beauté
Ca fait quelque chose au cœur
Et même au corps
Je n’étais plus dans ma chambre
J’étais loin, je ne sais pas
Mais c’était bien
J’étais haut et j’étais loin.

Il ne peut pas comprendre
Je me sens seule
Il ne veut pas comprendre
Je me sens seule
Même si j’expliquais…
Je me sens encore plus seule
Je veux qu’il comprenne
Il ne veut pas
Il ne peut pas
Il s’en fout…

Peut-être qu’il a peur
Que je sois loin
Peut-être qu’il s’en fout
Et c’est tout
Mais peut-être qu’il a peur
Que je sois loin
Trop loin pour lui,
Et je ne suis que sa fille…

Quand j’y pense je jubile
Une force énorme m’envahit
Je lui fais peur
Moi
Sa fille
Moi
La folle
La chiante
La ratée
La bourreau…

J’ai dans la tête une chanson
Un homme qui chante « Tu vas me détruire »
J’entends « Je vais te détruire »
Il a peur
Oui il a peur
Je suis un miroir de malheur.

Je pense aux étoiles sur mes mains
J’aimerais partir avec elles
Là, maintenant
Mais
Il veut que je le regarde
Pendant qu’il me regueule qui je suis
Il me regarde au fond de mes yeux
Pendant qu’il me vomit qui je suis
Un monstre
Une folle immonde
Un poison
Une merde
Une pute
Une pute
Une pute

Je ne peux pas penser aux étoiles
Pardon mais je ne peux pas
Y penser et le regarder dans les yeux
Sans bouger
SANS BOUGER
Ni le bras
Ni la bouche
Ni les yeux

Je pense aux étoiles
Elles seront là après
Mais moi où est ce que je serai ?
Elles seront là après
Mais serai-je en capacité
De m’y évader
Dans les étoiles ?

Je sais que mon vernis
N’aura que le reflet de ma réalité.

Papa, tu m’as tuée
Je ne demandais rien d’autre
Que de toucher les étoiles.

Sonnet de Marie-Laure Grouard (1822-1843)

A M. L. Ulback.

 

Vous m’avez dit un jour: Jeune fille poëte,

Ne chantez point votre âme et cachez votre coeur;

La femme, parmi nous, doit demeurer muette,

Renier ses amours et garder sa douleur.

 

Et moi je vous réponds: Dites à la tempête,

Aux grands vents, aux grands flots d’étouffer leur fureur;

Faites taire au vallon l’écho fort qui répète

Ou le cri de souffrance ou le cri du bonheur;

 

Dites au rossignol, sous la grande ramée,

Que son accent fait peine à votre âme alarmée…

Qu’il se taise toujours… Défendez au reclus

 

D’invoquer l’espérance et la liberté sainte;

Faites taire tout bruit, tout chant et toute plainte:

Quand tout sera muet, je ne chanterai plus.

Mon corps est si fragile

Mon corps est si fragile
J’ai une tête en bois,
Et des pieds en argile ;
L’enveloppe que l’on voit ?
Une carcasse inutile.

Des jambes peu toniques,
Mais que dire des bras ?
Et le cou névralgique
qui soutient le trépas
d’un cerveau tyrannique.

Ah je me sens si lasse !
Mes nerfs à vif, aigris
Par une guerre crasse,
Et mes muscles meurtris.
Quel corps inefficace.

Princesse au petit pois,
A l’époque on pensait,
Que tous ces matelas,
Révélaient ta beauté ;
Mais où était ta joie…

Etat d’urgence

Allons courons!
Et à chaque foulée,
Oublions!
Les chemins passés,
Le passé dévalant,
Avalé.

Etat d’urgence,
Puisqu’on nous l’assène,
Seul désormais il mène
La danse.

Etat d’urgence
Nous sprintons maintenant,
Car déjà nous courions.
Pas assez pour votre élan
Bien trop pour notre raison.

Etat d’urgence
Courons nous dans la peur
D’un passé qui nous rattrape?
Ou d’un futur qui nous échappe?

Etat d’urgence
Etat confus
Où les jambes cavalent
Et le reste s’est perdu.

Etat d’urgence
Mon corps en transe
Traîne le fantôme
De mon “moi” égaré aux vents.

Etat d’urgence
Tu jubiles, entouré
Des ectoplasmes errants
D’humains déconnectés.

Etat d’urgence
Prends garde à toi
Ecoute les signes du temps
Qui bruissent sous tes pas.

Car nous courons, encore hébétés
Et pourtant fermement tenons
Le fil d’or de la raison,
Qui nous rendra la liberté.

 

Le rythme

Je vis avec un petit rythme
On ne se connaît pas très bien.
Mon petit rythme rêve en secret
D’une vie tranquille, reposée.

Mais, petit rythme se sent bien seul,
Jamais écouté,
Alors souvent il se rebelle
Et en moi tire les ficelles,
Et ça me tiraille de partout,
“Aïe”, “Ouille”, j’ai mal ici
Et ça coince là!
Mon cerveau tricote des noeuds
Et j’ai de la brume sur les yeux.

Petit rythme est fatigué
Dans le vide de crier,
Il aimerait de tout son coeur
Que je l’écoute enfin sans peur.

Moi, je suis toute perturbée;
Le monde a un grand rythme en effet!
Il voudrait que tout tourne vite, très vite,
Et tous sur la même cadence.

Le monde a une grande bouche
D’où sont vomies ses idées;
Elle les sort au kilomètre,
Jamais fatiguée!
Car le monde a un grand rythme en effet.

Le monde est très prosélite
Il impose ses idées;
Il a réussi d’ailleurs à me les faire gober!
Que son rythme de toute heure
Serait la clé de mon bonheur.

Petit rythme est épuisé,
Mais il est toujours présent,
Parant à tous mes manquements.

Aujourd’hui j’apprends à l’écouter
Car mon expérience m’a démontrée
Que ce grand rythme n’était pas adapté,
A moi, ma bien aimée.

 

Soyons lucides

Soyons lucides

Oui je sais ça fait mal

Voir la réalité en face

Se confronter au gouffre

Se prendre en pleine gueule la violence.

Souffrir.

Oui mais souffrir pour mieux avancer.

Sortir de la souffrance pour créer,

Proposer, Agir.


Soyons lucides.

Pour réinventer

Pour avancer

Pour ne plus être tenus par la souffrance. 

On souffre tous des mêmes maux.

Faisons en des mots

Créons de la Poésie

Libérons la parole,

Passons de la haine à la libération

Allègeons nos cœurs

Soyons poètes et poétesses

Poët poët…

Poétisons ensemble

Et devenons folles! et fous!

Respirons!

Ici c’est ouvert,

Ici mes problèmes s’effacent

Parce que mes problèmes sont fermés

Sans solution;

Ici on crée des possibles

On crée des ouvertures

S’ouvrir, respirer, vivre.

Vivre c’est ouvrir des possibles

Ensemble.

Les problèmes sont personnels.

Et ils sont aussi communs.

Faisons de nos problèmes personnels

Des problèmes communs

Et de ces problèmes communs

Faisons en des possibles.

Créons ensemble des possibles

Respirons

Et finalement

Vivons!