Le temps des princesses

Alice

Il n’y a pas le temps
Non, rien de rien
Tu cours dans la prairie
Nue comme un vers sans prose
Les herbes vertes et fraîches
(fumer nuit à la santé)
Deviennent durs charbons noirs
(Garde bonne mine quand même, amie)

 
Ondine

Il n’y pas le temps
Et tout s’en va
Ondulant dans l’eau profonde
comme l’homme de l’Atlantide
Ta queue agile de poisson
d’eau de merci beaucoup
Devient soudain jambes fragiles
A table (cfr titre)

 
Myrtille

Il n’y a pas le temps
De déjeuner en paix
Dans le faste de ton château
De cartes postales
Les tentures d’or et de soie d’Inde
sentent le dal tadka et
Deviennent torches enflammées
Comme le Capitaine Flam si je puis dire

 
Samia

Il n’y a pas le temps
Sur le boulevard du temps qui passe
Tu vivais chez tes parents
Entre Père Noël et Mère Poulard
Toute fière ton diplôme en poche
(l’expérience est aussi un diplôme)
Devient ton passeport de caissière
(Sortez du bocal, consommez local)

Il n’est plus le temps
(ni des cerises ni des secrets)
Des princesses
(ni des princes à linge si je puis dire).

 

Poème en duo avec Gaëtan Sortet (http://www.gaetansortet-art.be/)

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Décomposons les mots en mots

Libellule
Libère la lune
Libre l’ibère et la lutine
Livre vibre l’hiver berbère héla la flûte mutine
L’ivre vive bredouille et hiberne, Berth bergère vénale lutte muette et mâtine
L’avare ivresse vivace bretonne douce rouillée bernique breizh Bérangère vénéneuse et fatale loutre fluette et badine
L’avarice vitales vacances qui branlent et tonnent la douleur sereine souillée thermique brise dérangeante vénérienne en noeud flottant outre le luth champètre ébahi…

Voilà voilà…

L’absurde selon Poupon Destroy

Un texte de Poupon Destroy aka Alexia, déclamé en octobre 2016 au Down Town café, une scène ouverte parisienne.

Admirez ce style sans retenue, cru et plein de finesses pourtant 🙂

 

C’etait une girafe cactus homme, drôle de créature au petit phallus et aux boules de billard, un drôle de personnage assez rare aimant jouer de la musique en cachette de son petit appareil.
Dans ce royaume oh combien fantasmagorique et démentiel cet individu incongru, farfelu que le Dr Bierre Bourrer adulait tant jouait le rôle du moralisateur aigri et peu flatteur. C’était monsieur pan pan cul cul et ce matin à son turbin il recevait un vilain galopin, un garçonnet peu gentillet, ignare et sans morale. Il s’appelait Kevin Schtarbé. C’était une tasse de café aux yeux violet en spirale possédant un corps de crocodile et fleurant l’alcool. ” Mr Pan Pan ” dit il ” le docteur Bierre Bourrer m’a envoyé ici pour me calmer car je suis méchant et si turbulent, je suis un sale gosse ”
” Très bien ” dis Mr Pan Pan cul cul” Parlez moi de vous que je cerne la vilaine chose ”
Il ricana d’un air vieillot hasbeen, lui et sa moustache poivre et sel, et fronça ses sourcils broussailleux et ses poils terriblement piquant sur son visage .
” Je me présente. Mr Kevin Schtarbé. J’aime fumer de l’estragon illégal pour ensuite me repentir devant les gendarmes du royaume et prendre des fessées bien méritées. Oh oui .J’aime aussi flatuler devant mes psychiatres pour les exciter, fantasmer sur la lampadaire strepeateseuse et uriner dans l’église alcoolique buveuse de bière .Et ce qui me plait le plus, oh ce que j’aime cela! C’est d’éjaculer dans la théière des fleurs  chevals et de rentrer sans autorisation dans le vagin du docteur Bierre Bourrer pour y faire du scooter sans casque sur un arc en ciel .
” Sapristi .Vous êtes un sacré petit merdeux, un vrai salaud, une daube putride, une pourriture de môme dévergondé. Ah la décadence de la jeunesse. Vous devez être puni sévèrement!”
Le merdeux gloussa tout en se masturbant d’angoisse, de honte et d’excitation puis vocifera :
” Oh oui oh oui. Je dois être puni ”
Pan Pan cul cul saisit son appareil et fouetta l’oeil violet de son esclave .
“Demande pardon, demande pardon ”
” Pardon maître, pardon maître ”
“Que vois tu à présent ?  ”
” Je vois l’extase, l’extase de la honte, l’extase de ma soumission devant toi. Oh moi qui ne suis que putride excrément et chose abjecte devant ta splendeur grandiose et ta divinité si profonde et vertueuse ”
Pan Pan cul cul saisit les boules de billard du merdeux crocodile. Il lui passa les menottes.
” Moi je suis un brave policier ,un prêtre si pieux et chaste qui te punis. Toi tu es la décadence. Lèche mes pieds saligaud, grotesque merde. Laisse moi mordre ton appareil vert et visqueux rempli d’écailles repugnantes et sordides. Répète. Je suis ton maître. Tu es ma chose.
” Oh oui vous êtes mon maître. Mon maître. Oh grand roi, laissez moi m’humilier, me ridiculiser, crachez moi dessus s’il vous plaît, je vous en conjure “.
” Oui mais à une seule condition abominable animal. Que tu te repetentisses encore et encore de tes moeurs si scandaleux, que tu te repentisses à outrance de ta déchéance gros laideron aux yeux de merlan frit ”
” Je demande pardon devant vous, devant Dieu et la police du royaume, moi ridicule et sombre décadence. Punissez moi encore”
” La séance est finie.Vas au coin “.

La soupe de papy

Décidément elle est trop salée la soupe de papy.
En plus il met du vin dedans, du qui pique, lui il dit “nouveau”, mamie elle dit “piquette”. Du coup je suis plus d’accord avec mamie. Quand il met de la piquette dans la soupe après elle fait des bulles et ça pue. Ca sent comme quand on va au pmu de mamie. C’est pas son pmu, mais comme elle y va souvent, pour nous c’est le pmu de mamie. Le soir, quand elle a mis papy au lit, elle nous y emmène. Elle attend que papy dorme, et on sait quand il dort papy parce qu’il ronfle. Et quand il dort il pète aussi, ah ça c’est sûr quand il pète il dort! Euh, en fait il pète aussi le jour… mais mamie elle pète plus fort que lui! Et elle rote aussi, ça c’est quand elle boit de la bière. Au pmu elle rote pas parce qu’elle boit que du calva, par contre qu’est ce qu’elle chante! Elle se tient debout au comptoir avec son coude droit, oui parce qu’elle est gauchère mamie. Ben oui, la main gauche c’est pour tenir son verre de calva! Et il faut bien qu’elle puisse lever le coude, sinon comment elle boit mamie? Quand elle chante, enfin elle chante de toute façon, sa chanson préférée c’est “Etoile des neiges”. Papa il me la joue des fois au piano, tout pareil que mamie. Je le soupçonne d’avoir appris avec la version de mamie, et je suis pas sûre sûre que c’est la vraie. Parce que à l’école je l’ai chanté, et ils avaient tous les yeux ronds, et même le maître il a changé de couleur. Oui. En fait je crois que les paroles non plus sont pas tout à fait les bonnes, parce que parfois ça rime pas. Par exemple, “neige” eh ben ça rime pas avec “enculé”. Je l’ai dit à mamie une fois mais elle m’a dit que je comprenais rien. Mais moi je sais bien que ça rime pas. Et puis le maître il fait pas cette tête pour rien! De toute façon je la chante pas trop parce que mamie elle la chante tout le temps! D’ailleurs hier, au pmu elle ne se souvenait plus de la fin, je voulais l’aider mais la grosse Louisa, qui est derrière le comptoir elle a dit à mamie d’aller retrouver les paroles ailleurs. Alors mamie elle s’est vexé et on est parti. Il était quand même deux heures du matin et mamie il fallait qu’elle aille se coucher parce que aujourd’hui il y avait école. Ben oui mamie il faut bien qu’elle se repose parce que elle se lève demain pour nous emmener à l’école. La pauvre si elle se couche tard elle va être fatiguée. Ce qui est pratique c’est qu’elle s’endort vite après qu’on l’ait couchée à côté de papy qui ronfle et qui pète. Apparemment, c’est la grosse Louisa qui l’a dit, le calva ça aide beaucoup. Je crois qu’elle a raison. Mais des fois mamie elle a envie de vomir alors elle crie et ça résonne dans toute la maison. Avant on allait vite vite chercher la bassine à vomi, on pourrait même dire “la bassine à vomi de mamie” parce que il y a qu’elle qui l’utilise (mais c’est pas elle qui la lave). Enfin maintenant on a compris le truc et les soirs où on ramène mamie dans la brouette, on pense bien à placer la bassine par terre de son côté du lit. Et aussi on la couche dans le bon sens pour pas qu’elle vomisse sur papy. Oui parce que parfois papy il arrête de ronfler, et même de péter, alors mamie si elle veut vomir elle est perdue et une fois ou deux elle s’est trompée de côté… Papy il était très très en colère et il a menacé mamie de dormir dans notre chambre si elle recommençait. Nous on voulait pas que papy il vienne dormir avec nous, pour les raisons que je vous ai dit avant. Du coup on oublie jamais la bassine de mamie.
Mince, c’est déjà le matin, papy il est debout parce qu’il nous prépare le petit déjeuner. Il y voit pas très bien et il ne sait jamais où il place les bons ingrédients. Du coup la cuisine de papy c’est souvent bizarre, et il cuisine le matin, le midi et le soir… On a vraiment des surprises quand on mange! Mais les surprises à papy on aime pas trop… Une fois à la place du chocolat en poudre il a mis du café moulu. C’était pas bon, même si ça avait presque la même couleur, et puis surtout c’était dur à avaler, parce que ça fondait pas dans le lait comme le chocolat. Après on en avait plein les dents, et après plein la brosse à dent, c’était pas drôle.
Ah, mamie m’appelle pour que je la lève du lit.
A bientôt, peut être!

Causette.

Aligométrie

Esprit aligotronique,
Ca coule des mécaniques,
Un puissant courant fromager
Tisse une toile arithmétique,
Logique,
Comme la forme de mes bourses…
– Point d’exclamation dans bulle nuage.
Non, ampoule allumée, symbole de l’idée –
La gravité,
Voilà la liaison de cette logique à la con.
Les liaisons fromagères
N’ont qu’un souci çui de tomber;
“Tronique” me crie mon cervelet,
“Tronique ta mère” réponds-je
En me demandant si le cervelat
S’allie bien à l’aligot.

La dure vie du siège mou

Quoi de plus ennuyeux pour un siège que d’avoir l’assise molle?

Par “assise” je n’évoque pas le coussin douillet prêt à accueillir les fessiers les plus osseux, mais bien le fauteuil dont la structure même, ses quatre pieds, son dossier… bref ses fondations, n’ont aucune rigidité. Regrettable, d’autant que le meuble a cette particularité fâcheuse d’attirer inconditionnellement les séants de tous volumes, sans distinction d’âge, race ou religion. Il serait apparemment humain de vouloir coller sa partie charnue à ce malchanceux qui semble effectivement tout désigné pour la supporter. Et c’est bien là tout le malheur! Car en plus d’être naturellement attractif de par sa fonction de base, notre cher ami l’est encore plus par sa forme généreuse et son moelleux aspect.

“Quelle guigne!” se lamente-t-il lors d’un bref instant solitaire. Mais à peine a-t-il fini qu’une imposante créature s’approche avec enthousiasme vers son alléchante destinée. Le fauteuil prestement se contracte du plus qu’il peut, accomplissant un effort considérable mais bien vain. En effet, tandis que l’énorme masse se laisse choir avec conviction, notre infortuné malgré toute sa bonne volonté s’affaisse lamentablement, et la bourgeoise entrainée sans résistance par son propre poids se retrouve fissa le cul par terre.

Une fois encore, le triste siège souffrira de ses articulations violemment déformées et une fois de plus l’angoisse d’être mis au rebut l’étreindra un moment, jusqu’à l’arrivée d’un prochain séant.

Ainsi en va-t-il de la vie du siège mou.

 

Absurde – 2

 

L’arnaque

Je m’approchai d’une dame qui m’en donna un, m’assurant d’un air suffisant que si je n’en prenais pas je me changerais sur place en grenouille. A ceci je répondis qu’on m’appelait déjà « Froggy ». « Parce que vous êtes français ? » demanda-t-elle avec assurance, « Non, parce que je suis vert » lui répondis-je, piqué au vif. Après cette discussion intense elle s’en fut rapidement tandis que je mangeai l’horrible chose qu’elle m’avait collé dans la main. Tout se passait bien jusqu’à ce que je me sente soudain étrangement léger et de ce fait quitte le sol. « La garce ! » me dis-je très agacé alors que je prenais de l’altitude, « Elle m’a bien eu ! ». Puis, aussi rapidement que j’étais monté, voilà que je redescendais, attiré par l’attraction terrestre certainement, enfin tellement attiré que je commençai carrément à m’écraser, pour finalement dégouliner comme un étron sans consistance. A la suite de ça ma vision se brouilla et devint totalement psychédélique au point que pris de nausées, l’un de mes globes oculaires saute de son orbite et se fasse la malle, tandis que l’autre, moins vigoureux, tombe et roule mollement dans ma matière visqueuse. Le premier œil, qui avait terminé sa course folle et se trouvait maintenant à deux mètres de ma flaque, aperçut de loin l’ombre d’une femme qui m’observait en ricanant ouvertement. « La garce ! » m’écriais-je à nouveau. Bah, de toute façon il était trop tard pour engager une course poursuite dans la situation actuelle… Mais croyez moi, dès que je reprends forme humain, je lui fais la peau !

Absurde -1

Bamby est parti

Aujourd’hui je suis très attristée. Mon lapin blanc qui rongeait secrètement petit bout par petit bout mon poster de la Panthère rose (je pense qu’il était jaloux : Comparé à l’élégante et fameuse Panthère rose, un lapin albinos lambda ne valait pas un clou), eh bien ce lapin moche et ennuyeux s’est barré sans prévenir. Il aurait au moins pu me faire le coup de “je pars chercher des clopes” mais non, même pas. Comme je vous le disais cela fait donc cinq mois qu’on ne s’est pas vu ni donné de nouvelles, par contre il me rend régulièrement visite dans mes rêves psychédéliques. Justement dans le dernier, Bamby, oui parce qu’il s’appelle Bamby, qui? ben le lapin!, prend le thé avec deux amis avec qui j’ai couché, Bob et boB (ou était-ce boB et Bob ? Ai-je dit que j’avais couché avec eux ? Bah, je ne suis pas vraiment sûre de qui sont ces gens en fait) Je suis confuse… de toute façon ils sont déjà partis… qui est parti déjà ? Mon dieu ! Retour à l’histoire ! Donc, je disais que j’étais dans ce supermarché géant (mais tellement ergonomique, vous savez, un de ceux en forme de donut dans lesquels on peut marcher la tête en bas) en train d’essayer plusieurs tons de vernis sur mes ongles, ce qui arrive quand je passe près du rayon viande (comme tondre mes cheveux en étoile quand je me trouve dans l’allée « condiments », ça me prend comme une envie, mais je suis sûr que vous me comprenez). Je disais donc que je surfais sur le minitel à la recherche de billets d’avion pour la très hype plage de Moscou, l’Atramenta, quand Bambi (tiens, il a échangé son y par un i, le salaud!) apparut soudainement en l’air devant moi, tout auréolé de paillettes. Moi passablement perplexe, et lui de me crier « Mange moi ! Mange moi que je dégage enfin de ton rêve exCentriC, LiBèRe moiiiiiiiiii ! » Mais comme il n’était déjà plus là je n’ai pas vraiment pu l’aider, d’autant plus que je n’ai pas entendu le début de sa complainte, et donc ne pouvais être sûre de rien. Les Panthères sont parfois étranges… d’autant plus quand elles sont roses !