Extrait de “Brûlure – Journal de la danse III” de Etcha Dvornik

À peine arrivant dans la salle et avant de me changer, je commence à danser. Urgence ! Je me déshabille en dansant, je danse en me déshabillant ! Le premier geste et les autres, moi qui ne croyais plus danser ! Dans quelle forêt me suis-je perdue ?
Brûlure ! Vibrations du basin, c’est étonnant comme ça peut bouillonner ! Je ne peux pas le dire ni l’écrire, juste bouillonner !     Plus tard, les mots arrivent. Ou des images comme la réponse aux tensions. Dès que les images apparaissent, les tensions cessent, le plaisir, le calme, je pense au spectacle, à la représentation. J’ai longtemps fonctionné comme ça. Maintenant je sais que dans « le spectacle », dans la « représentations » je ne retrouverai pas le même plaisir qu’au moment de la formations d’images à « l’intérieur de moi ». Ça me paralyse. Transport, déplacement dans le temps. Quand la tension passe, ces images-là n’ont plus d’importance, perdent leur nécessité.

(Quelles sont les racines de l’acte de la création) ?
En train d’écrire le curriculum. Tant des choses oubliées, toutes ces « techniques » de la danse que j’ai travaillé, comme elles sont belles ! Avec chacune un autre corps ! D’autres vies, d’autres corps ! Tous ces cours que j’ai suivis, j’ai tout oublié. Rien que d’y penser je suis fatiguée ! Quand le danseur ne danse pas, tout le travail qu’il a fait n’est visible nulle part ! Il faut que je travaille sur cette mémoire ! Jusqu’ici je n’ai regardé que devant moi, maintenant je commence de regarder en arrière et en avant !
Un Journal en vitesse :
les premières jours : des improvisations, des premières jets, beaucoup des choses, beaucoup d’objets, très épuisée, des courbatures.
Je regarde la vidéo, je dis : je garde telle quelle !Pourtant, on ne peut pas garder « telle quelle » !Ce décalage entre les corps d’hier et d’aujourd’hui, le temps présent dans la structure d’œuvre. Les belles lumières, le bonheur, je retrouve pour une heure, deux, l’éternité du temps d’autrefois.
Je suis pressée, j’essaye de travailler tous les jours, j’ai changé, je sais mieux structurer. Le projet, l’idée, le temps future (l’œuvre se situe dans le futur), le présent : aujourd’hui ma répétition.

Creuser : improvisations, ce qu’il semble « magique », le retrouver, la difficulté.
L’impossible, la « magie perdue ». Le « mouvement auratique », l’aura perdue. Le mouvement « symptôme ».
La différence de travailler avec d’autres ou seule.

16 septembre

La deuxième semaine du travail, ça commence de se structurer. Entrer dedans. Semble comme un endroit sans mots, noir. L’automne. Une fois de plus je reprends des répétitions, je retourne dans la salle. Tout est le même et rien n’est plus pareil.
En sortent de la salle je suis étonnée de la densité dans les rues. Les Noirs, les Arabes, les Chinois, les Blancs. Le temps est devenu plus concret, je suis plus nerveuse, pressée. Je retrouve le gout de la danse, la passion intacte. Sauf que mon corps, mon corps a besoin de plus du temps pour récupérer. Moins des forces mais ça ne me dérange pas, je trouve que tout est dans l’ordre, le plaisir !Rien que de poser ma main par terre. Rien que d’avoir cette petite idée : tourner son regard vers le sol, se pencher et toucher le sol avec les mains. Se pencher encore un peu plus et « verser le poids dans les mains ». Ceux qui ne font pas la danse ne puissent pas savoir ce que c’est ! C’est comme ça ! Ces jours-ci je me tue à m’expliquer, « à me faire comprendre », ma folie, ma passion, même s’il n’y a rien à comprendre ! Just do it ! La danse il faut la faire ! Ne pas en parler, encore moins vouloir comprendre !

La danse m’absorbe. On m’invite aux voyages, en vacances, des soirées, toujours non, dire toujours non.
Souvenirs, les jeunes pousses. Des branches, le corps fleuri.
De quoi je me souvienne ? (La mémoire c’est quelque chose, qui me travaille beaucoup. Comme la dernière fois : je me trouve dans la salle de bains, je regarde par la fenêtre, il fait beau, ça me r a p e l l e, toujours « ça m e rappelle »… un autre jour, quand il faisait beau, une autre lumière et soudainement il me semble de plus étrange le fait que je puisse me trouver physiquement dans un lieu et penser à un autre lieu, à un autre temps).

Travailler seule. Le solo. Le dernier, peut-être. Peut-être.
Baiser sur la bouche. Je pense et ma pensée se transforme en baiser. Revenons au solo. Je reprends le chemin de Belleville et de La Sale. Quelques beaux jours de septembre, les rues sont vives, on grille le maïs, on vit les fenêtres et les portes ouvertes. D’autres portes sont fermées, la Synagogue pour exemple.

La voix de ma mère. Elle parle des forêts, de la lumière, toujours la lumière… Les eaux sales, les eaux propres… les eaux qui coulent entre mes jambes et d’autres qu’on défend.

Est qu’il n’y a pas une seule et même questionne qui se pose tout le temps ? Laquelle ? Une bouche comme abîme. Saisir, nommer. L’absence, le manque.

 

Le livre se trouve là:
http://www.edilivre.com/brulure-journal-de-la-danse-iii-20dae23a5b.html#.V10crdKLR0v

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