Chronique de l’esclavage moderne

J’ai besoin de travailler en ce moment, le chômage ne me donne plus assez. J’entends déjà les « Ben il y en a qui se font plaisir ! » A celles et ceux là je réponds causez, j’ai une chronique à raconter, et celle-ci, étonnamment pas, me place plus en victime d’une société capitaliste hallucinante qu’en « leecher » sans scrupule.

Mon CV n’est acceptable pour aucun RH pour briguer à un poste intéressant apparemment. Allez savoir, peut-être que quand j’écrirais dessus que je suis membre de Mensa, les RH ne regarderont plus du même œil mon parcours anarchique. En attendant, avec ce handicap de papier et mon énergie pas débordante je me rabats sur le job que je fais depuis deux ans et demi, hôtesse d’accueil. Je réussis à m’en sortir psychologiquement en prenant des missions qui ne me cassent pas la tête et durant lesquelles je peux allègrement utiliser internet pour mes besoins de connaissances et de création.

Malgré tout, revenir dans un système qui vous presse comme un citron sans vergogne ça fait mal.

Mon ancienne société n’a pas de poste pour moi ces derniers temps, j’ai du bien les faire chier aussi, mais je pense que c’est plutôt parce qu’ils perdent des contrats et qu’ils doivent recaser leurs hôte-sse-s. J’ai beau les soûler, ils se servent bien de moi quand ils ont besoin.

Du coup j’ai du chercher d’autres boites d’hôte-sse-s.

J’ai eu un rendez-vous collectif dans une boite qui se veut créatrice de service ++ pour ses entreprises clientes. Ok, pas de problème… au fait je suis payée combien moi pour ce service? Je ne demande pas, je le sais, le SMIC horaire. Pour celles et ceux qui l’auraient oublié tellement c’est devenu une norme de salaire pour un emploi non cadre, le SMIC signifie salaire MINIMUM. Oui, MINIMUM ; une société ne peut pas me payer moins que ce taux horaire. Si je suis logique, à salaire minimum, service minimum. Ah non, ce n’est pas ça ? Je dois fournir un service ++ et si on me demande d’effectuer des tâches d’assistant administratif je les fais sans broncher parce que les syndicats de ma convention collective devaient être aux toilettes quand ils ont négocié avec le patronat ? Ok.

De toute façon il faut prendre en compte que désormais les sociétés qui emploient au SMIC se permettent d’en demander plus car elles ont l’impression de nous faire un cadeau, de nous OFFRIR du travail. Donc on se tait et on fait, ++ .

Cette société donc, qu’on appelera H., si j’ai bien compris, a comme directeur une personne qui siège aussi aux prudhommes… du côté de la défense des sociétés. Tout ça pour dire que, le code du travail, monsieur doit le connaître sur le bout des doigts, et quand on voit la teneur et la longueur des contrats H., on n’en doute plus.

A la suite de cette explication interminable sur leur société, comment elle est bien et réglo, la RH remercie les autres candidats et me demande de rester. Ok. La société a besoin de moi en urgence car il leur manque quelqu’un sur un poste. Bien. Je signe le même jour mon premier contrat avec eux.

Pour ce faire la RH m’installe dans une pièce seule, et me dit de « lire tranquillement » le contrat, ce que je fais.

Il est stipulé sur le contrat que l’utilisation d’internet à des fins personnelles est formellement interdite. Tout le monde sait, employeur et employé que ce ne sera jamais appliqué, MAIS, si vous les dérangez et qu’ils veulent vous virer, ils peuvent se servir de cela, tout simplement, et vous remercier sans préavis ni indemnités pour faute grave. Je vous laisse juges.

Une autre chose me fait tiquer, le jour de formation n’est pas considéré faisant partie du contrat. Il est payé (au smic) comme une indemnité forfaitaire. Bien, je suis étonnée mais ne réagis pas, il faut que je bosse, ce n’est pas le moment de pinailler.

J’effectue mon contrat. Durant celui-ci je suis sensée commencer à 8h30. Sauf qu’à cette heure ci il faudrait aussi que je sois opérationnelle. Personne ne me le dit, mais je sens juste qu’à 8h30 ça bouge déjà dans les locaux et que 10-15 mn de préparation n’auraient pas été du luxe. Mais pourquoi me donner 15 mn de paye en plus par jour quand on peut les économiser. De même, je quitte mon service à 13h30 et ma collègue prend le sien à ce moment là. Nous avons pour communiquer un cahier appelé « main courante ». Cependant nous avons souvent besoin de nous expliquer des consignes, donc il nous faut prendre du temps personnel pour cela. Payer 15 mn à ma collègue pour qu’on puisse s’expliquer tout bien, pourquoi faire puisque pour que tout roule nous prendrons sur notre temps perso… Oui parce que s’il y a un problème, ne cherchez pas sur qui ça tombera…

Après cette mission une responsable m’en propose une autre à la suite. Elle m’accueille dans les locaux de H. pour signer le contrat. Elle me fait installer dans une salle, me le tend et me dit « Lisez le tranquillement… » Bizarre, la même formule au mot près que dans la bouche de la RH. Je lis le contrat, toujours la même chose, et toujours la formation en indemnités. Ok. Je commence en formation le mardi, et « travaille » du mercredi au vendredi. Un jour n’est pas assez pour être formée. Ni sur la première mission d’ailleurs, mais quand on peut faire des économies sur le dos des employés et des sociétés clientes on ne se prive pas. Ca se passe encore malgré tout. Le jeudi, la responsable d’H. m’appelle pour me proposer une mission de trois jours à partir du lundi suivant. J’accepte et passerai le vendredi après-midi pour signer le contrat. Elle me dit qu’il y aura deux jours de formation pour un jour de travail. J’en conclus que c’est un peu ridicule, et que les raisons peuvent être que le travail ne doit pas être facile, le client exigeant et que H. est en galère d’hôte-sse-s volants. Ok.

Le vendredi après-midi j’y vais signer mon contrat. Je suis accueillie par une nouvelle personne, qui me donne le contrat et me dit « de le lire tranquillement… » mmmh, décidément cette formule… Bon, ben puisqu’on me laisse le temps de le lire, je le lis encore, même si j’en connais la teneur. J’ai bien fait. Le contrat stipule un jour de travail. Je tique, il me semble que je fais trois jours. Je lis plus loin. Ah oui, deux jours de formation, payés en indemnités… seulement si le contrat (de 1 jour) est débuté ! La logique est la même que dans les autres contrats sauf que là l’injustice de cette mesure me saute au visage. Imaginons que j’effectue mes deux jours de formation et que je tombe malade à la suite du deuxième jour. Je n’effectue pas mon jour de « travail » puisque je suis malade, et… je ne suis pas payée, puisque l’indemnité des deux jours de formation n’est payée QUE si je commence mon contrat. Vous voyez mieux l’arnaque là ?

Faut pas pousser mamie dans les orties, et là ça pique grave. Je demande à parler à ma responsable. « Oui je viens vous voir après » me dit elle avec son air faussement gentil que je supporte mal depuis le jour où je l’ai rencontrée.

Elle vient me voir. Je lui explique que le contrat ne me convient pas en l’état. Elle se crispe immédiatement. Je lui explique que je ne trouve pas ça normal de ne pas être payé pour un travail effectué si je n’ai pas la possibilité d’entamer le « contrat » pour x ou y raison. Elle me rétorque sèchement que si je n’effectue pas la journée de travail c’est normal je n’aurais été qu’en formation. Je lui réponds que ce qu’elle considère comme de la « formation » c’est du travail. Elle me dit ok, me prend (m’arrache?) le contrat des mains et me remercie vivement, les traits très tirés en me rétorquant que c’est dommage… pour eux. Oui effectivement, la pauvre va devoir, à 16h un vendredi, appeler toutes ses hôtesses voir si elle peut trouver quelqu’un pour… lundi. J’imagine qu’elle souhaitait que je culpabilise…elle n’a pas mis longtemps a dévoiler ce que cachait son masque d’hypocrisie.
Ce sera donc sans moi, je suis partie de là sans un au revoir de sa part, bien trop occupée à appeler tout le monde pour ne pas perdre le contrat avec la banque pour laquelle je devais effectuer le remplacement.

Dans une société humaine, je n’aurais pas eu à refuser un contrat qui n’aurait pas été si inégalitaire, et dans une société humaine, si un contrat ne convient pas à un des partis, il est possible d’en discuter et potentiellement de négocier un nouveau contrat. Mais nous ne sommes pas dans une société humaine, nous sommes dans un monde capitaliste qui a instauré comme règle la loi du plus fort.
Ma seule arme est ici le refus de signer le contrat, arme que je n’ai pu utiliser que parce que le gouvernement me fait bénéficier d’une indemnité chômage (pour laquelle j’ai cotisé), droit mis en place pour acheter la paix sociale dans notre beau pays.

 

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3 thoughts on “Chronique de l’esclavage moderne

  1. Pour l’illustration de cette page d’écriture, je verrai bien des dessins de… Bretécher. Enfin, c’est comme ça que j’ai visualisé votre récit. Je comprends que c’était moins drôle pour vous de le vivre. Enfin, ça fait toujours un bon article.

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  2. Pingback: # On vaut mieux que ça bordel! – # on vaut mieux que ça

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