Aucune magie

Aucune magie
Aucune magie
Aucune magie
Il existe quelque chose d’angoissant dans ces fêtes, quelque chose d’irréel.
Aucune magie, beaucoup de couleurs, quelques bienséances, des sourires crispés, des poignées de mains moites, des cousins gueulards et mal élevés, des décorations de mauvais goût…
Les repas de famille ne font pas envie, surtout lorsque personne n’en a rien à foutre. Voilà longtemps que les discussions s’éternisent sur des sujets inintéressants, longtemps que les enfants baillent, que le maquillage des femmes s’est barré, longtemps aussi que personne n’apprécie plus le dîner, longtemps que les photos ne sont plus regardées…
Et plus personne ne se donnera de nouvelles jusqu’aux prochaines fêtes, ou avant, si il y a un enterrement.
Aucune magie…

Et moi comme chaque année je me réfugie dans la bouffe.
Après tout, c’est ça l’idée, se regrouper autour de cette bonne grosse bouffe, hein ?
Les cadeaux ? C’était drôle quand il y avait des gosses.
Mais il n’y a plus de gosses, ni de vieux d’ailleurs.
Les innocents ont bien grandi et les vieux loups croupissent en terre.
Et moi, j’en ai rien à foutre de ce théâtre pathétique,
Alors je bouffe.
Le nez dans mon assiette,
Je me cale dans le gosier les escargots beurrés à l’ail,
Gobe sans scrupules les huîtres remuantes et suppliantes,
Dévore les crevettes roses avec les pattes et la tête,
Avale les marrons et la dinde, et la dinde,
Coule toute cette boue à grandes gorgées de champ’
Mon estomac se tend et gonfle, dix fois sustenté
Pas bien tenté d’en accueillir plus,
Mais il faut bien anesthésier la misère, le dégoût et la colère,
La rage,
De devoir grimer ses sentiments,
Désaxés dans cette absurde « cohésion sociale »,
En racontant des blagues, et en se tapant dans le dos,
Comme de bons vieux amis
Qui auraient pas de cadavre sous le tapis,
Mais là c’est pas un corps qu’on piétine avec nos souvenirs photoshopés,
On danse sur un putain de charnier !
De rancunes, mesquineries, coups de pute, sans oublier les secrets immondes,
Bombes à fragmentations dormantes
Tels les obus enfouis de la première guerre mondiale

Alors pourquoi ? Pourquoi tout ça ?
Ca sert à qui, ça sert à quoi ?!
Ca me sert à quoi, à moi ? Je sers à qui, moi, là?
Ca fait du bien à QUI cette grande menterie ?

Le fromage, mmmmh, c’est bon le fromage, hein mamie, c’est bon le fromage, hein papy,
On est pas bien là tous ensemble à se bâfrer comme des porcs ?
Vas-y remplis mon verre que je lave tout ça. J’ai l’impression de nettoyer les chiottes avec du cambouis, la merde glisse, mais ça pue encore.

Vivement la bûche, cette putain de bûche,
Qu’on déballe les cadeaux en poussant des ah ! et des oh !
Dieu que j’y trouve une guirlande et qu’avec je me pende au balcon,
Ou une gomme magique que je m’efface de cette pantomime grotesque,
Ou une paire d’ailes que j’aille m’acoquiner avec les anges et les démons, qu’importe !
Tant que je sors de là, tant que je sors de là,
Tant que je sors de là !

Mais dans les paquets rien de tout ça.
Sous les lumières bariolées du sapin rien que du néant,
Et aucune magie
Aucune magie
Aucune magie…

 

Texte en duo avec Khalid El Morabethi

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