Les mains noires de Laura Vazquez

viens me parler
viens me parler
je ne sais plus bouger mes doigts
prends tes affaires
viens me parler

tiens-moi la bouche
sors-moi la bouche
sors-moi tranquille

je suis tranquille
je suis tranquille
je me tiens bien
je me tiens droit

tu ne vas pas me laisser comme un arbre
tu ne peux pas me laisser comme un sac
je ne suis pas un arbre

mon ventre ne fait pas de miel, moi
mon ventre ne fait pas de bruit

quand tu viendras, tu pourras voir
je sais rouler les cigarettes
je sais m’endormir en bougeant

je m’ennuie quand je pense à tout
je voudrais être un château crevé
je voudrais être un cheval pourri

je voudrais être vraiment simple

je suis en train de me graver des tatouages partout sur les yeux
viens me toucher sur les yeux

je suis en train d’apprendre tous les alphabets du monde
viens vite avec ton alphabet

viens me parler, viens dans ma chambre
viens par les clés
je ne suis pas comme les arbres moi

toi tu es une goutte
et tu tombes sur ta tête
il faut que tu tombes sur le toit
tu dois faire pousser des plantes

viens vite avec tes branches sales

viens parler avec ma bouche
avec ta bouche

viens parler avec ma chambre
avec ma bouche

viens me parler sur les doigts
avec ta bouche

tu ne vas pas me laisser les mains mortes
avec ma bouche

tu ne vois pas que mes mains sont en train de dormir
sous ma tête

je ne suis pas une fanfare, je ne suis pas un lampadaire
j’ai de la peau, j’ai de la peau

j’habite la très petite chambre
je crois que je suis enfermée
je sens les pestes bêtes blanches
je les avale une par une
je fume toute la journée
je fume un million de cigarettes
mortes
bonnes
longues
lourdes
vite

viens vite, prends tes ongles, prends tes affaires
prends ta bouche
viens vite, je suis en train d’avoir une maladie
prends ta bouche
viens, je ne suis pas un ours moi, je ne suis pas une voiture
viens vite, il y a des fourmis partout, viens vite maintenant
il y a des planches sur les murs
il y a des ongles sur les murs
dépêche-toi, dépêche-toi

je ne suis pas comme un serpent
je ne me roule pas les jambes
je ne me colle pas les jambes
je ne me chauffe pas le ventre
ou les entrailles ou les poumons
je ne me parle pas la bouche

viens vite
viens trop près
ouvre l’œil
tourne-toi
prends la porte

il faut que tu grattes la plante,
dans le mur
dans ma gorge

il faut que tu grattes ta plante,
dans le mur
dans ta gorge

il faut que tu viennes parler
il faut que tu viennes bien tôt

prends la voiture
prends les clés
pense à moi
téléphone
réponds vite

je suis dans ma chambre
je ne trouve pas les yeux
fais vite
viens
tu ne vas pas me laisser vers la mort
je suis tranquille
je suis tranquille

j’ai le crâne sur les cheveux
il faut que tu te dépêches

tu ne vas pas me laisser rien sentir
viens vite, je suis un petit caillou
je vais me jeter la figure, tu dois venir très vite
tu ne vas pas me laisser comme une voiture
je ne suis pas une voiture

Viens me parler
près de la gorge
tu es une bête blanche
tu as du sang dans la bouche et moi j’ai du sang partout
j’ai du sang dans la tête et j’ai la tête très pleine
je suis comme ta sœur
je suis quelqu’un de ta famille
viens me parler, viens me parler, viens me parler

tu as de belles mains noires

 

Magnifique, Alice adore, c’est un coup de coeur poétique.

Voilà le lien vers le poème sur le site de la poétesse:
http://www.lauralisavazquez.com/post/89951371232/les-mains-bien-noires

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