La mise à nue

 

Au café, en terrasse.

Pourquoi trouve-t-on toujours une personne qui parle au dessus de ce que le privé d’une conversation concède? Un besoin d’exister pour tous certainement. Parfois ou souvent des femmes, de celles qui se veulent indépendantes, qui revendiquent leur caractère, leurs goûts, leurs frasques, libres on vous dit. Tais toi quand même, tu sais que tu racontes des inepties pour impressionner l’homme à tes côtés et malgré moi je participe et n’en ai pas tellement envie.

Me voilà en train de cogiter… cette jeune dame s’emporte-t-elle dans une description aléatoire et détaillée de sa personnalité dans l’unique but de l’éblouir ? Ou bien est-ce autre chose ? Il y a en effet un type d’hommes, narcissiques dans l’âme, qui aiment laisser parler les demoiselles pour deux. Il est, vous le noterez, tellement plus confortable de laisser causer l’autre, la mettant ainsi doucement mal à l’aise, et la laissant s’enfoncer gracieusement jusqu’aux genoux dans sa longue logorrhée, finalement prise d’un piège dont elle n’a pour idée que la légère anxiété qui l’étreint alors qu’elle commence lentement mais sûrement à se mettre à poil. Car la femme, se sentant écoutée (chose qui lui arrive souvent en surface et si peu en profondeur) s’accroche à cet espoir insensé d’être reconnue pour ce qu’elle est et ainsi s’ouvre, sans retenue, se dévoile, le manteau d’abord, le gilet, la chemise… bouton après bouton la belle se dénude, dégrafe son corsage, brave Margaux… Mais ici, elle ne donne pas le sein à un chaton innocent, ici elle livre son intimité profonde au premier qui fait mine de l’écouter, avide de voir sous le corsage, brûlant de mettre à nue celle qui s’y attelle seule sans s’être faite trop prier.

Pourtant qu’adviendra t-il de celle dont il a vu l’intérieur, du cache col au col de l’utérus ? Celui dont le désir viscéral est d’en arriver là n’aura que faire, après en avoir perçu le fond, de reprendre la conversation qui mène au cœur et à l’esprit. Il s’en fout, il voulait seulement lui bouffer le cul à sa belle, et elle s’est laissée manger, l’intime et la fierté, sans résistance. Il a léché les sueurs de son âme et de ses sentiments sur ses habits tandis qu’elle les ôtait. Il a cru en absorber l’essence, celle qu’il voulait découvrir : du vide, du rien, du creux, du vent. Rassuré. Mais qu’est-ce que la sueur comparée à l’odeur de la peau ? De quoi se gave cet être malsain si ce n’est de la superficialité d’un être dont il ne souhaite pas recueillir autre chose ?

La supériorité se satisfait de ce qui ne l’atteint pas, et aussi bien que la pelure d’une pomme n’est pas la quintessence de celle-ci, les palabres d’une femme désarmée le sont encore moins.

 

Free weelin’Alice

Advertisements

One thought on “La mise à nue

  1. Pingback: La mise à nu | Journal intime d'une femme différente

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s