Décomposons les mots en mots

Libellule
Libère la lune
Libre l’ibère et la lutine
Livre vibre l’hiver berbère héla la flûte mutine
L’ivre vive bredouille et hiberne, Berth bergère vénale lutte muette et mâtine
L’avare ivresse vivace bretonne douce rouillée bernique breizh Bérangère vénéneuse et fatale loutre fluette et badine
L’avarice vitales vacances qui branlent et tonnent la douleur sereine souillée thermique brise dérangeante vénérienne en noeud flottant outre le luth champètre ébahi…

Voilà voilà…

La maturité, réflexion

La maturité…

C’est quand tu te portes, enfant, sur le dos

Quand tu as tissé un hamac dans ton coeur

C’est l’enfant confiant qui t’accompagne, dans son costume de chevalier

C’est quand s’allège le fardeau des fantômes

Quand tous les recoins de ton âme n’ont plus peur du noir

Quand les abîmes menaçants ne jonchent plus ton futur

Quand tu sais que tes ailes te portent, même si tu ne sais comment

Quand tu peux transmettre sans ordonner

Quand tu n’as plus besoin de jouer, et que tu joues pour le plaisir

 

A vous de compléter cette liste heureuse et sans fin 🙂

 

 

Clochards sans étoile

Une réflexion sur les clochards.

 

Je pense à celles et ceux qui vivent les nerfs aiguisés par le froid, la faim, la peur et le dédain.

Les clochards.

Je pense au jour qui n’arrivera pas où je pourrai garder ces quelques pièces dans ma main. Sur le chemin, toujours données et toujours plus tôt. Toujours plus de ceux qui attendront la prochaine fois, que je remette quelques pièces dans ma main.

Sur le chemin je regarde le sol pour éviter les merdes, à la place j’y vois ceux qui dorment dedans.

Car le trottoir accueille tous les déchets de la société.
Il ne trie pas, et nous, la société, n’avons plus la place intime pour trier, l’inerte du vivant, le mégot du clochard.

Je pense aux “clochards célestes”. Sous la pollution et les réverbères, les clochards de Paris n’ont même pas d’étoiles pour rêver.

Pas d’étoiles, pas de berger, mais parfois une bouteille qui ne montre pas le chemin mais qui le trace, indubitablement.

Ca me rend triste. Un clochard, deux clochards, dix clochards, cent clochards… sous le ciel de Paris.

Ce n’est pas romantique et mes sentiments se figent.

Pourtant, si je ne m’émeus plus, qu’est ce qui me permettra de distinguer leur carcasse brisée de celle de pigeons morts?
Si j’éteins l’humanité en moi, ne serai-je pas tentée de préférer le pigeon, grattant les miettes de mon sandwich, au clochard quémandant les miettes d’une vie que je ne peux pas lui donner?

Culpabilité face au reflet pathétique de ma propre condition;
Colère, rancoeur envers ces empêcheurs de vivoter en rond;

J’en viendrais à les imaginer “soleil vert” en puissance,
J’en arriverais à me dire “Pourquoi pas?”
Qu’après tout ils sont foutus
Que la société ne peut assumer toute la misère du monde
Que la Nature fait le tri
Que finalement tout cela est dans l’ordre des choses

Et je me sentirais soulagée.

 

Nègre Clochard de David Diop

[…] O mon vieux nègre moissonneur de terres inconnues
terres odorantes où chacun pouvait vivre
qu’ont-il fait de l’aurore qui s’ouvrait sur ton front
de tes pierres lumineuses et de ton sabre d’or
te voici nu dans ta prison fangeuse
volcan éteint offert aux rires des autres
à la richesse des autres
à la faim hideuse des autres
Ils t’appelaient Blanchette c’était si pittoresque
et ils secouaient leurs grandes gueules à principes
heureux du joli mot pas méchants pour un sou
Mais moi moi qu’ai-je fait dans ton matin de vent et de larmes
dans ce matin noyé d’écume
où pourrissaient les couronnes sacrées
qu’ai-je fait sinon supporter assis sur mes nuages
les agonies nocturnes
les blessures immuables
les guenilles pétrifiées dans les camps d’épouvante
Le sable était de sang
et je voyais le jour pareil aux autres jours
et je chantais Yéba
Yéba à pleine folie les zoos en délire
O plantes enterrées ô semences perdues
Pardonne nègre mon guide
pardonne mon coeur étroit
les victoires retardées l ‘armure abandonnée
Patience le Carnaval est mort
j’aiguise l’ouragan sur les sillons futurs
pour toi nous referons Ghâna et Tombouctou
et les guitares peuplées de galons frénétiques
à grands coups de pilons sonores
de pilons
éclatant
de case en case
dans l’azur pressenti.

L’absurde selon Poupon Destroy

Un texte de Poupon Destroy aka Alexia, déclamé en octobre 2016 au Down Town café, une scène ouverte parisienne.

Admirez ce style sans retenue, cru et plein de finesses pourtant 🙂

 

C’etait une girafe cactus homme, drôle de créature au petit phallus et aux boules de billard, un drôle de personnage assez rare aimant jouer de la musique en cachette de son petit appareil.
Dans ce royaume oh combien fantasmagorique et démentiel cet individu incongru, farfelu que le Dr Bierre Bourrer adulait tant jouait le rôle du moralisateur aigri et peu flatteur. C’était monsieur pan pan cul cul et ce matin à son turbin il recevait un vilain galopin, un garçonnet peu gentillet, ignare et sans morale. Il s’appelait Kevin Schtarbé. C’était une tasse de café aux yeux violet en spirale possédant un corps de crocodile et fleurant l’alcool. ” Mr Pan Pan ” dit il ” le docteur Bierre Bourrer m’a envoyé ici pour me calmer car je suis méchant et si turbulent, je suis un sale gosse ”
” Très bien ” dis Mr Pan Pan cul cul” Parlez moi de vous que je cerne la vilaine chose ”
Il ricana d’un air vieillot hasbeen, lui et sa moustache poivre et sel, et fronça ses sourcils broussailleux et ses poils terriblement piquant sur son visage .
” Je me présente. Mr Kevin Schtarbé. J’aime fumer de l’estragon illégal pour ensuite me repentir devant les gendarmes du royaume et prendre des fessées bien méritées. Oh oui .J’aime aussi flatuler devant mes psychiatres pour les exciter, fantasmer sur la lampadaire strepeateseuse et uriner dans l’église alcoolique buveuse de bière .Et ce qui me plait le plus, oh ce que j’aime cela! C’est d’éjaculer dans la théière des fleurs  chevals et de rentrer sans autorisation dans le vagin du docteur Bierre Bourrer pour y faire du scooter sans casque sur un arc en ciel .
” Sapristi .Vous êtes un sacré petit merdeux, un vrai salaud, une daube putride, une pourriture de môme dévergondé. Ah la décadence de la jeunesse. Vous devez être puni sévèrement!”
Le merdeux gloussa tout en se masturbant d’angoisse, de honte et d’excitation puis vocifera :
” Oh oui oh oui. Je dois être puni ”
Pan Pan cul cul saisit son appareil et fouetta l’oeil violet de son esclave .
“Demande pardon, demande pardon ”
” Pardon maître, pardon maître ”
“Que vois tu à présent ?  ”
” Je vois l’extase, l’extase de la honte, l’extase de ma soumission devant toi. Oh moi qui ne suis que putride excrément et chose abjecte devant ta splendeur grandiose et ta divinité si profonde et vertueuse ”
Pan Pan cul cul saisit les boules de billard du merdeux crocodile. Il lui passa les menottes.
” Moi je suis un brave policier ,un prêtre si pieux et chaste qui te punis. Toi tu es la décadence. Lèche mes pieds saligaud, grotesque merde. Laisse moi mordre ton appareil vert et visqueux rempli d’écailles repugnantes et sordides. Répète. Je suis ton maître. Tu es ma chose.
” Oh oui vous êtes mon maître. Mon maître. Oh grand roi, laissez moi m’humilier, me ridiculiser, crachez moi dessus s’il vous plaît, je vous en conjure “.
” Oui mais à une seule condition abominable animal. Que tu te repetentisses encore et encore de tes moeurs si scandaleux, que tu te repentisses à outrance de ta déchéance gros laideron aux yeux de merlan frit ”
” Je demande pardon devant vous, devant Dieu et la police du royaume, moi ridicule et sombre décadence. Punissez moi encore”
” La séance est finie.Vas au coin “.

Mes ongles cachés

Alice est partie d’un défi de son ami Khalid El Morabethi.
Le sujet: les ongles cachés
Ni une ni deux, sur les chapeaux de roues elle est partie,
Voilà ce qui est resté sur le bitume le long de cette course effrénée

Mes ongles cachés

C’est mon père
C’est à cause de lui
Connard
Quel connard
Je cache mes ongles
Je les ai peints
De vernis rouge brillant
J’aime bien quand ça brille
C’est un beau rouge
Je les ai regardés longtemps
Le rouge, et les paillettes
Longtemps
Longtemps.
Je suis rentrée dans mes ongles
Absorbée par les étoiles colorées
J’étais loin, dans la beauté
C’est haut la beauté
Ca fait quelque chose au cœur
Et même au corps
Je n’étais plus dans ma chambre
J’étais loin, je ne sais pas
Mais c’était bien
J’étais haut et j’étais loin.

Il ne peut pas comprendre
Je me sens seule
Il ne veut pas comprendre
Je me sens seule
Même si j’expliquais…
Je me sens encore plus seule
Je veux qu’il comprenne
Il ne veut pas
Il ne peut pas
Il s’en fout…

Peut-être qu’il a peur
Que je sois loin
Peut-être qu’il s’en fout
Et c’est tout
Mais peut-être qu’il a peur
Que je sois loin
Trop loin pour lui,
Et je ne suis que sa fille…

Quand j’y pense je jubile
Une force énorme m’envahit
Je lui fais peur
Moi
Sa fille
Moi
La folle
La chiante
La ratée
La bourreau…

J’ai dans la tête une chanson
Un homme qui chante « Tu vas me détruire »
J’entends « Je vais te détruire »
Il a peur
Oui il a peur
Je suis un miroir de malheur.

Je pense aux étoiles sur mes mains
J’aimerais partir avec elles
Là, maintenant
Mais
Il veut que je le regarde
Pendant qu’il me regueule qui je suis
Il me regarde au fond de mes yeux
Pendant qu’il me vomit qui je suis
Un monstre
Une folle immonde
Un poison
Une merde
Une pute
Une pute
Une pute

Je ne peux pas penser aux étoiles
Pardon mais je ne peux pas
Y penser et le regarder dans les yeux
Sans bouger
SANS BOUGER
Ni le bras
Ni la bouche
Ni les yeux

Je pense aux étoiles
Elles seront là après
Mais moi où est ce que je serai ?
Elles seront là après
Mais serai-je en capacité
De m’y évader
Dans les étoiles ?

Je sais que mon vernis
N’aura que le reflet de ma réalité.

Papa, tu m’as tuée
Je ne demandais rien d’autre
Que de toucher les étoiles.

La soupe de papy

Décidément elle est trop salée la soupe de papy.
En plus il met du vin dedans, du qui pique, lui il dit “nouveau”, mamie elle dit “piquette”. Du coup je suis plus d’accord avec mamie. Quand il met de la piquette dans la soupe après elle fait des bulles et ça pue. Ca sent comme quand on va au pmu de mamie. C’est pas son pmu, mais comme elle y va souvent, pour nous c’est le pmu de mamie. Le soir, quand elle a mis papy au lit, elle nous y emmène. Elle attend que papy dorme, et on sait quand il dort papy parce qu’il ronfle. Et quand il dort il pète aussi, ah ça c’est sûr quand il pète il dort! Euh, en fait il pète aussi le jour… mais mamie elle pète plus fort que lui! Et elle rote aussi, ça c’est quand elle boit de la bière. Au pmu elle rote pas parce qu’elle boit que du calva, par contre qu’est ce qu’elle chante! Elle se tient debout au comptoir avec son coude droit, oui parce qu’elle est gauchère mamie. Ben oui, la main gauche c’est pour tenir son verre de calva! Et il faut bien qu’elle puisse lever le coude, sinon comment elle boit mamie? Quand elle chante, enfin elle chante de toute façon, sa chanson préférée c’est “Etoile des neiges”. Papa il me la joue des fois au piano, tout pareil que mamie. Je le soupçonne d’avoir appris avec la version de mamie, et je suis pas sûre sûre que c’est la vraie. Parce que à l’école je l’ai chanté, et ils avaient tous les yeux ronds, et même le maître il a changé de couleur. Oui. En fait je crois que les paroles non plus sont pas tout à fait les bonnes, parce que parfois ça rime pas. Par exemple, “neige” eh ben ça rime pas avec “enculé”. Je l’ai dit à mamie une fois mais elle m’a dit que je comprenais rien. Mais moi je sais bien que ça rime pas. Et puis le maître il fait pas cette tête pour rien! De toute façon je la chante pas trop parce que mamie elle la chante tout le temps! D’ailleurs hier, au pmu elle ne se souvenait plus de la fin, je voulais l’aider mais la grosse Louisa, qui est derrière le comptoir elle a dit à mamie d’aller retrouver les paroles ailleurs. Alors mamie elle s’est vexé et on est parti. Il était quand même deux heures du matin et mamie il fallait qu’elle aille se coucher parce que aujourd’hui il y avait école. Ben oui mamie il faut bien qu’elle se repose parce que elle se lève demain pour nous emmener à l’école. La pauvre si elle se couche tard elle va être fatiguée. Ce qui est pratique c’est qu’elle s’endort vite après qu’on l’ait couchée à côté de papy qui ronfle et qui pète. Apparemment, c’est la grosse Louisa qui l’a dit, le calva ça aide beaucoup. Je crois qu’elle a raison. Mais des fois mamie elle a envie de vomir alors elle crie et ça résonne dans toute la maison. Avant on allait vite vite chercher la bassine à vomi, on pourrait même dire “la bassine à vomi de mamie” parce que il y a qu’elle qui l’utilise (mais c’est pas elle qui la lave). Enfin maintenant on a compris le truc et les soirs où on ramène mamie dans la brouette, on pense bien à placer la bassine par terre de son côté du lit. Et aussi on la couche dans le bon sens pour pas qu’elle vomisse sur papy. Oui parce que parfois papy il arrête de ronfler, et même de péter, alors mamie si elle veut vomir elle est perdue et une fois ou deux elle s’est trompée de côté… Papy il était très très en colère et il a menacé mamie de dormir dans notre chambre si elle recommençait. Nous on voulait pas que papy il vienne dormir avec nous, pour les raisons que je vous ai dit avant. Du coup on oublie jamais la bassine de mamie.
Mince, c’est déjà le matin, papy il est debout parce qu’il nous prépare le petit déjeuner. Il y voit pas très bien et il ne sait jamais où il place les bons ingrédients. Du coup la cuisine de papy c’est souvent bizarre, et il cuisine le matin, le midi et le soir… On a vraiment des surprises quand on mange! Mais les surprises à papy on aime pas trop… Une fois à la place du chocolat en poudre il a mis du café moulu. C’était pas bon, même si ça avait presque la même couleur, et puis surtout c’était dur à avaler, parce que ça fondait pas dans le lait comme le chocolat. Après on en avait plein les dents, et après plein la brosse à dent, c’était pas drôle.
Ah, mamie m’appelle pour que je la lève du lit.
A bientôt, peut être!

Causette.